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Dossiers : Vivre à l'ère post-Covid

14 octobre 2021 partagé par Lucie Descamps

#10 La ville de demain part.2

II. LE TEMPS DE LA MOBILITÉ DOUCE ET DE LA MULTIMODlTÉ

La pandémie a contribué à bouleverser les usages en matière de déplacements urbains. Urgence climatique, révision des priorités personnelles et professionnelles, santé… Les facteurs invitant le citadin à adopter une mobilité douce se sont multipliés depuis 2020. Les coronapistes cyclables, les nouvelles zones piétonnes et les terrasses éphémères qui empiètent sur l’espace réservé aux voitures en sont les marqueurs.

Et ce n’est que le démarrage d’une transformation plus profonde. Preuve en est le nombre grandissant de villes françaises intégrant des zones limitées à 30 km/h, comme la ville de Bordeaux qui a annoncé l’instauration d’une telle zone sur près de 90 % de l’espace public dès 2022, contre 37 % actuellement. Avec cette mesure, le maire de Bordeaux Pierre Hurmic espère réduire les embouteillages, les accidents et leur gravité, et favoriser un meilleur partage de l’espace entre les usagers de la route. La mairie prévoit également de piétonniser davantage d’espaces dans les prochains mois. À terme, Bordeaux devrait devenir la première ville de France en termes de zones piétonnes, en passant de 40 à 60 hectares piétons.

Si un contexte favorable et des infrastructures urbaines adaptées sont une condition de l’avènement de la mobilité douce en ville, cette évolution dépend également de l’offre de produits. Ici aussi de nombreuses innovations émergent : de la mini voiture électrique au vélo cargo, en passant par la désormais incontournable trottinette électrique.

Parmi les signaux intéressants, notons la montée en puissance des véhicules électriques sans permis accessibles dès 14 ans, dont la star est l’AMI de Citroën. Un succès auprès des jeunes presque inattendu pour ces voiturettes urbaines dont 40 % des utilisateurs ont moins de 18 ans. Cela marque l’attrait de la Génération Z et des plus jeunes pour des solutions à la fois alternatives et inédites. 

Le développement du vélo cargo, qui se positionne de plus en plus comme moyen de transport favori des familles, est lui aussi récent que massif.

Ce développement des mobilités douces devrait ensuite influencer l’habitat, à l’instar des Pays-Bas où les nouveaux logements urbains prévoient un sas d’entrée adapté aux cycles et où les nouveaux bâtiments bénéficient d’un accès dédié aux cycles.

LA VILLE DU ¼ D’HEURE EN RÉPONSE À LA CRISE SANITAIRE

La “ville du quart d’heure” est un terme popularisé en 2020 par Carlos Moreno, sur la base de travaux de recherche plus anciens. Ce concept énonce que tout habitant doit pouvoir accéder à ses besoins essentiels en 15 minutes de marche -ou 5 minutes de vélo- : se loger, travailler, accéder aux soins, faire ses courses, apprendre, et s’épanouir dans le sport, les loisirs, la culture (aux États-Unis, on parle de “twenty minutes neighborhood”).

La ville du quart d’heure recueille la majorité des suffrages. Architectes, urbanistes, sociologues, élus (comme Anne Hidalgo à Paris) y voient un outil de lutte contre le changement climatique et les inégalités sociales.

Ce scénario de développement reflète surtout la déstructuration de nos modes de vie traditionnels et la nécessaire adaptation de l’urbanisme. Au métro-dodo-boulot, associé aux courses traditionnelles, a succédé brutalement un mode de vie déstructuré, où le travail et ses trajets n’occupent plus une place centrale. C’est une proposition nouvelle qui doit s’écrire, avec un rythme de vie urbain plus apaisé, et une nouvelle destinée pour les lieux collectifs. La mairie de Paris voit ainsi l’école comme la capitale du quartier. Ouverte sur la rue, végétalisée, l’école accueille le soir et le week-end des ateliers culturels, des stages sportifs, des manifestations festives.

Si cette ville du quart d’heure peut revêtir l’image d’un quartier d’antan fantasmé, autour de son école et sa placette, le “fameux quartier-village”, c’est dans cette même ville que se développent les services de livraison de courses ultra-rapides en 10 minutes. 

En France, elles sont déjà 10 startups à se battre pour ce marché prometteur, et pour les baux commerciaux les mieux positionnés pour y implanter leurs dark stores. Au risque de déclencher les protestations des urbains, attachés à leurs commerces traditionnels de proximité. Ce sont pourtant souvent les mêmes urbains ultra-connectés qui commandent en ligne. Et qui font que si la ville est pour eux agréable, c’est que tous les autres se déplacent avec marchandises et services. Preuve que la ville d’aujourd’hui n’est pas à une contradiction près.

Quelques ressources pour aller plus loin :

Le Bird Path by Pavegen à Londres.  Un chemin piéton où les pas effectués sont générateurs d’énergie (pour éclairer la rue par exemple) qui pourrait tout à fait s’intégrer dans la ville du quart d’heure.

Les mini-robots livreurs de Staship technologie qui sont un lien évident entre ville du quart d’heure et Xtrem delivery.

Les autoroutes pour vélos, qui symbolisent l’avènement des mobilités douces en ville. L’essor des autoroutes pour vélo au Pays-Bas 

Le plébiscite des jeunes pour les véhicules sans permis, un article du Point à découvrir ici

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