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Dossiers : Vivre à l'ère post-Covid

1 octobre 2021 partagé par Lucie Descamps

#9 La ville de demain part.1

Selon l’ONU, près de 70 % de la population mondiale vivra en ville d’ici 2050. Le chiffre actuel étant de 55%, nous pouvons nous attendre à une intensification de l’urbanisation dans les prochaines décennies. Mais, forte des signaux d’alarme environnementaux actuels et des leçons tirées de la pandémie de COVID-19, l’urbanisation ne se fera pas à n’importe quel prix. La ville de demain sera verte, intelligente et humaine. 

I – UNE VILLE VERTE

ILÔTS DE VERDURE ET FERMES URBAINES

Si l’action continue des habitants et des employés municipaux empêche la nature de reprendre ses droits en ville, on a compris depuis plusieurs années déjà le bien-fondé des îlots de verdure en milieu urbain. La pandémie a par ailleurs accéléré la prise de conscience environnementale et les voix citoyennes s’élèvent désormais pour faire de la ville un lieu où il fait bon vivre. Les bacs à fleurs et les platanes bordant les avenues, seules concessions “nature” des villes du passé, ont depuis plusieurs années été rejoints par de nouvelles actions en faveur du retour de la verdure en ville. Au-delà de l’esthétique, la raison est bien environnementale. Car on a compris que les îlots de verdure sont nécessaires pour faire descendre la température !   L’un des principaux enjeux de la ville du futur (voire de la ville du présent) sera de refroidir les espaces urbains pour garantir une meilleure qualité environnementale. Le défi  : remplacer les îlots de chaleur par des îlots de verdure. Mais un îlot de chaleur, qu’est-ce-que c’est ? On parle d’îlot de chaleur en  milieu urbain lorsque la température reste plus élevée par rapport à la zone environnante. Leurs causes sont essentiellement les aménagements et les activités anthropiques. Par exemple, la minéralisation excessive des villes : les immeubles et le bitume sont des surfaces qui retiennent la chaleur. Ajoutons à cela les émissions qui favorisent aussi le maintien d’une température élevée (gaz d’échappement, eaux chaudes des égouts…) et nous obtenons un cocktail détonnant à l’origine des îlots de chaleur. Par rapport aux milieux naturels environnants, la température d’un îlot de chaleur est supérieure de quelques degrés, parfois jusqu’à 10°C, selon la météo et la saison. Exemple à Strasbourg où les températures enregistrées peuvent varier de plus de 10°C en quelques centaines de mètres.

Représentations d’un Paris du futur, très vert,  par l’architecte Vincent Callebaut.

Le rôle des îlots de verdure ? Il a été prouvé que les espaces végétalisés et en eau présentent une température de surface plus fraîche et contribuent ainsi à réduire le phénomène d’îlot de chaleur.  Les arbres notamment, favorisent le maintien d’une certaine humidité du sol, et leur évapotranspiration participe à un rafraîchissement naturel de l’environnement. On l’aura compris, les végétalisations de la ville ont pour but de créer des micro-climats en milieu urbain. La ville de Strasbourg avait d’ailleurs lancé dès 2016 un plan d’actions sur 4 ans nommé Strasbourg Grandeur Nature et appelant à la végétalisation de la ville pour lutter contre le réchauffement climatique. Les îlots de verdure ne sont bien sûr pas les seules réponses au réchauffement climatique. La mobilité verte (véhicules électriques) et/ou douce (marche, vélo…) jouera également un rôle dans le refroidissement des villes du futur en limitant le rejet de gaz à effet de serre. Rappelons qu’en France en 2019, le secteur des transports représentait encore 31 % des émissions de gaz à effet de serre du pays…

La verdure s’invite en ville également à des fins alimentaires.  Élément commun à tous les projets de villes du futur : les fermes urbaines ou les fermes verticales. La ferme urbaine signe l’avènement du circuit court qui fera partie intégrante des usages d’ici quelques années. Ici encore, la pandémie (avec ses pénuries, ses problématiques logistiques…) a contribué à une prise de conscience autour du “consommer local” et du “consommer sain”. Du retour des jardins ouvriers ou partagés dans certaines municipalités à la réhabilitation de friches industrielles en fermes urbaines en passant par les startups Agritech qui promettent de révolutionner l’agriculture en ville, les pistes explorées sont nombreuses et prometteuses. 

Quelques ressources pour aller plus loin : 

Découvrez ou re-découvrez les startups pionnières de l’agriculture urbaine et du circuit court. 

Gotham Greens (Etats-Unis), le pionnier de l’agriculture urbaine qui a investi notamment les toits des immeubles New Yorkais.  Square Roots (Etats-Unis) et ses containers à culture installés dans une friche industrielle à Brooklyn.

One Farm (Pays-Bas), spécialiste et précurseur de la ferme verticale.

Small Hold (Etats-Unis) et son cultivateur à champignons installé directement dans les supermarchés.

Récolte de sauge à l’intérieur de l’un des containers futuristes de Square Roots (Brooklyn, Etats-Unis)

GESTION DES DÉCHETS DANS LA VILLE DE DEMAIN

Qui se souvient de Wall-e, ce petit robot compacteur livré lui-même sur une planète tellement couverte de déchets qu’elle a été abandonnée par les humains ? De la fiction à la réalité il n’y a qu’un pas… Qui – d’après les experts – sera franchi en 2050 si les villes ne prennent pas dès maintenant la responsabilité de leurs déchets. Des initiatives naissent dans les villes (Zéro Déchet, tri systématique ou même suppression des poubelles de l’espace public) mais la prise de conscience est somme toute très récente. Rendez-vous compte : en 75 ans, les détritus produits par les parisiens ont doublé, passant de 239 kg par personne en 1940 à 485 kg en 2015. Dans un rapport de la Banque Mondiale daté de 2018 (disponible ici en anglais), le volume des déchets dans le monde pourrait augmenter de 70% d’ici à 2050. Rappelons qu’en 2050, les villes sont également censées abriter plus des deux-tiers de l’humanité. Vous la voyez se profiler la montagne de déchets au coin de votre rue ? Car c’est bien à un problème qui sera proximal et quotidien que les citoyens s’exposent. L’une des solutions envisagées est des plus logiques : pour ne plus avoir de déchets, n’en produisons plus. C’est la philosophie du Zéro Déchet qui enjoint les consommateurs à réduire le plus drastiquement possible les déchets produits au sein du foyer. Certaines municipalités comme Roubaix dans le Nord ont lancé une grande campagne d’accompagnement de leurs habitants à la démarche Zéro Déchet. Ce dernier commence à creuser son sillon, avec d’un côté des consommateurs demandeurs de produits adaptés à la pratique et de l’autre des marques et des distributeurs qui se mettent au diapason en développant shampoings solides, conteneurs à vrac et autres gourdes. Le problème reste que si le ZD est applicable au niveau du foyer, il est plus complexe à développer dans l’espace public. Il faut par exemple légiférer sur le bannissement de certains produits jetables dans les lieux publics et cela prend du temps. 

Dans ce contexte, une approche du ‘tout recycler pour moins jeter” semble plus atteignable pour les villes. Le système dit des ”3 poubelles” à San Francisco (voir partie ressources et signaux faibles) mêlant incitations fiscales, matériel high tech et enthousiasme typiquement californien reste un modèle du genre et la ville recycle aujourd’hui plus de 80% de ses déchets. D’autres initiatives – pour le moins originales – fleurissent aux quatre coins du monde. Exemple à Ljubljana, capitale de la Slovénie. La ville a mis au point un ramassage des déchets organiques en porte-à-porte (étendu par la suite aux papiers et cartons). Cela vous semble un peu fou ? Sachez pourtant que la ville a atteint un taux de recyclage de 60%. Et si la clé était finalement dans la sensibilisation et l’éducation du citoyen ? Peu importe le système de collecte. L’objectif avant 2050 est de faire de chaque urbain un trieur de compétition et les villes ont un rôle à jouer face à cet enjeu incontournable.

Le tapis de tri de Recology, la coopérative en charge de la gestion des déchets à San Francisco. (source National Geographic)

Quelques ressources pour aller plus loin : 

En 2020, la Malaisie a renvoyé chez eux 150 conteneurs remplis de déchets que des pays occidentaux pensaient déposer sur leur sol selon une pratique très habituelle. En 2019, l’Indonésie avait déjà fait de même avec des conteneurs de déchets Américains. L’envoi de déchets – notamment plastique – vers les pays d’Asie du Sud-Est (Malaisie, Indonésie, Philippines…) était une pratique très répandue des pays occidentaux. Le message est désormais clair : en matière de déchets, c’est chacun pour soi et l’Asie du Sud-Est ne sera plus la poubelle des Occidentaux. 

San Francisco est depuis longtemps un modèle dans le traitement de ses déchets mais aussi dans son modèle d’incitation au recyclage à destination des habitants. Un cas exemplaire à (re)découvrir

Le livre et la méthode “culte” du Zero Dechet par Bea Johnson

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