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Dossiers : Vivre à l'ère post-Covid

25 août 2021 partagé par Lucie Descamps

#5 Habiter à l’ère post-Covid part.3

LA MAISON REFUGE 

1 – RÉAMÉNAGEMENT DE SON INTÉRIEUR

La crise COVID a révélé le cruel manque d’adaptation de nos intérieurs actuels à de nouvelles activités comme le télétravail. Selon le rapport IDHEAL paru en 2020, « Il est rare que les logements standards prévoient une pièce dédiée à la dimension professionnelle de nos vies”. S’il est encore difficile de dire à quel point le télétravail va rester prégnant dans nos vies quotidiennes, on peut tout de même miser dans les 2 ans à venir sur le maintien d’un télétravail partiel (selon une enquête Homeserve de 2020, 38% des actifs qui ne travaillaient pas de chez eux avant le confinement se verraient bien exercer leur métier de chez eux à la sortie de la crise) et sur le développement des activités de loisirs au domicile (sport, travaux manuels…). Toujours selon le rapport IDHEAL, 29% des Français ont modifié leur aménagement classique pour dégager un espace sport ou relaxation. Une pièce dédiée à ces activités pourra être de mise à l’avenir. 

Le développement du télétravail a également été synonyme d’un réaménagement purement esthétique de l’espace, ce qui a donné naissance à l’expression “intérieur zoomable”. Entendez par là : un intérieur digne d’être visible lors d’une visioconférence Zoom, l’appli très utilisée durant le confinement. L’américain Jason Toff raconte par exemple comment il a transformé son bureau à la maison en espace parfait pour faire des Zoom toute la journée. En résumé avoir un espace présentable sur Zoom est désormais du même acabit que la tenue correcte exigée en open-space !

Quelques ressources et signaux faibles : 

La family room. Avoir – pour toute la famille – des activités personnelles et professionelles à mener de front depuis la maison a mené au développement du concept de “family room”. La family room est une pièce centrale, en général adjacente à la cuisine, qui sert tous les buts sociaux et récréationnels de la famille. Si le terme n’est pas nouveau (sa première apparition remonte à 1945 dans l’ouvrage Tomorrow’s House d’Henry Wright), il est remis au goût du jour par les nouveaux besoins engendrés par la crise et nous faisons le pari que ce signal deviendra rapidement une tendance. 

L’opération Coronamaison. Lancée par l’illustratrice Pénélope Bagieu durant le confinement, cet exercice de dessin collectif interroge notre rapport au logis. Le caractère multi-fonctionnel des pièces, la fin de la règle “à chaque pièce une fonction” sont ressortis comme des signaux forts dans le foisonnement des propositions. 

2 – L’HABITAT INTERGÉNÉRATIONNEL

Selon l’INSEE en 1973, 14% des 25-29 ans vivaient encore chez leurs parents. En 2018, ils étaient 20%. Durant les 10 dernières années, nous sommes passés de la génération Tanguy, soit le jeune qui allonge le temps de vie chez ses parents, à la génération boomerang, soit le jeune actif qui était parti de chez ses parents et qui y revient à la suite d’un événement personnel (séparation, perte de revenus) ou sociétal (pandémie). Le Covid-19 et le confinement qui y est associé ont constitué un véritable accélérateur de la tendance Génération Boomerang. Selon une étude de la Fondation Jean Jaurès, 28 % des moins de 35 ans ont été contraints d’abandonner leur logement durant le premier confinement pour rejoindre le domicile parental. Le phénomène se maintiendra-t’il post pandémie ? Deux possibiLités : non, si l’on retrouve une relative sérénité économique et si le développement d’habitats alternatifs abordables tels que les colivings se poursuit. Oui, si la stabilité économique et sociétale peine à se rétablir. Le foyer parental constituera alors un refuge à la fois financier et émotionnel pour les jeunes actifs. 

Au delà des jeunes, l’autre génération à garder en ligne de mire est celle des aînés. Le vieillissement de la population et la perte d’autonomie qui en résulte sont particulièrement favorable à l’apparition de foyers intergénérationnels. Ce que l’on pourrait voir émerger, ce sont des habitations à 2 voire 3 foyers générationnels. Des habitats qui nécessiteront de la flexibilité et de la modularité. A l’image des “stepmothers’ studios” aux Etats-Unis, ces petits studios installés en fond de jardin et aménagés pour recevoir un parent isolé. Dans cette mouvance, la startup GreenKub propose d’ailleurs depuis 2020 une maison de jardin adaptée aux personnes âgées avec rampe d’accès anti-dérapante, cabine de douche extraplate ou barres d’appui à fixation murale.

Quelques ressources et signaux faibles : 

Les Habitats Kangourou en Belgique. Il s’agit d’un concept d’habitat partagé intergénérationnel où la personne âgée, en général propriétaire des lieux, s’installe au rez-de-chaussée tandis qu’un jeune ménage s’installe à l’étage. Il est prévu un contrat où les différentes parties conviennent des modalités d’occupation (loyer, services à rendre…). Ce “viager nouvelle génération” permet de rompre l’isolement et de maintenir à domicile des personnes âgées. 

Les Kommunalka. Ces appartements communautaires nés en Russie au sortir de la 1ere guerre mondiale sont une bonne source d’inspiration sociétale pour les projets de coliving actuels : une bonne vision de ce qu’il convient de faire (ou de ne pas faire) dans un projet d’habitat partagé intergénérationnel. 

3 – LA TECHNOLOGIE AU SERVICE DES HABITANTS DE DEMAINS

Avant même de parler de domotique, c’est dans la phase de conception des habitations que la technologie va être à l’oeuvre, grâce à de nouveaux procédés permettant une optimisation de toutes les phases de construction et l’implication de l’habitant dans la personnalisation de son logement. De plus en plus impliqué dans la conception, le futur habitant s’empare désormais des outils numériques (configurateurs 3D, réalité augmentée…). Il s’implique avec une expertise accrue dans des débats jusqu’alors réservés aux professionnels. Parlons également du BIM (Building Information Modelling). Le BIM est une représentation numérique du bâtiment à construire, mais aussi et surtout une méthode de travail qui permet à toutes les parties prenantes de collaborer autour d’un seul et même document de travail. Il s’agit de la technologie actuellement utilisée pour le chantier de Notre Dame de Paris. Elle permet de calculer, projeter, rectifier à chaque étape du chantier, voire en amont. Les évolutions technologiques ont la part belle dans le BIM : capteurs et IA permettent par exemple de monitorer la construction en temps réel et de l’adapter. 

Du côté de la domotique, la maison connectée est désormais une tendance de fond qui voit chaque année son lot de nouveautés. On peut noter le maintien des devices “voix” de type Amazon Echos, Google Home ou Apple HomePod. Longtemps considérés comme des gadgets, ils s’imposent désormais comme des alliés du quotidien. On verra donc arriver de nouveaux assistants vocaux toujours plus performants. Côté sécurité, on assiste au développement de la lumière connectée. Philips Hue, pilier du secteur, propose déjà une très large gamme de lumières pour la maison et l’extérieur. Le marché devient cependant plus concurrentiel avec de nouvelles marques proposant des éclairages intelligents telles qu’Ikea ou Konyks. 

Quelles next steps pour la domotique ? Le saint Graal de la domotique est la maison intelligente ET indépendante. Activation de scénarios personnalisés quotidiens, réglage

dynamique de l’éclairage en suivant les déplacements des habitants… Le futur de la domotique se trouve dans une autonomie technologique de l’habitation à laquelle travaillent déjà les fabricants. 

Quelques ressources et signaux faibles : 

Un petit florilège de nouveautés domotiques de 2021 

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