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Dossiers : Vivre à l'ère post-Covid

18 août 2021 partagé par Lucie Descamps

#4 Habiter à l’ère post-Covid part.2

LA MAISON MILITANTE

Dans les années 20, la maison devient objet de militantisme : l’individu s’investit dans sa création et s’approprie de manière très personnelle l’habitation comme objet de prise de parole. La maison devient un territoire d’expression des convictions de l’habitant. 

1 – LES HABITATS ALTERNATIFS : TINY HOUSES ET CONTENEURS

De plus en plus de personnes, notamment les primo-accédants, font le choix de vivre autrement. Militantisme écologique, rapprochement de la nature, raisons financières : les motivations pour sauter le pas de l’habitat alternatif sont multiples. 

La tiny house – ou micro maison mobile – séduit de plus en plus de primo-accédants qui y voient l’occasion d’un investissement raisonnable et raisonné dans le climat d’incertitude actuel. La tiny house peut d’abord être une réponse à certains types de surpopulation. On a vu en 2019 à Bordeaux la proposition d’un projet de 200 tiny houses pour loger les étudiants en mal de logement. Une réponse aussi aux convictions écologiques et minimalistes de ses adeptes comme à Saint Brieuc où en 2019 le premier village de micro-maisons a vu le jour. Il est installé dans un environnement en phase avec le concept et les valeurs portées par les tiny houses : verger, récupérateur d’eau de pluie, panneaux solaires, poulailler, compost… 

Mais tout n’est pas rose au pays de la tiny. Longtemps trop anecdotique pour intéresser les pouvoirs publics, le sort de l’habitat alternatif a changé à l’arrivée de la loi Alur en 2014. Avant 2014, les habitats alternatifs n’étaient pas reconnus d’un point de vue juridique. Si désormais, la loi donne un statut officiel aux résidences mobiles telles que les tiny houses (pas besoin de permis de construire mais les terrains visés doivent être soumis à un régime de permis d’aménager), l’installation des habitations reste soumise au bon vouloir de la Mairie, ce qui est l’origine de nombreuses tensions. 

Pas mobile celui-ci mais tout aussi porteur de valeurs, l’habitat en conteneurs est une autre maison alternative de plus en plus prisée. L’idée est simple : utiliser ou idéalement recycler des conteneurs maritimes pour les transformer en logements. Un habitat encore plus millitant que la tiny house d’un point de vue écologique car il s’agit bien ici de s’inscrire dans une démarche de recyclage et d’exploitation des ressources disponibles. Le conteneur présente de nombreux avantages : faciles à empiler, à monter, abordables… De plus, si comme les tiny houses, l’habitat en conteneurs plaît aux primo-accédants, il séduit également les familles grâce à sa taille plus importante et à sa sédentarité. 

Quelques ressources et signaux faibles :

Les villages de tiny houses 

Le festival des tiny houses 

2 – L’HABITAT PARTAGÉ : LES COLIVINGS

Tous ensemble chacun chez soi : le coliving est le nouveau segment émergent de l’immobilier géré. Une colocation améliorée ? Le coliving est plutôt une résidence à services intégrés. D’après une étude BNP de 2020, 50% des colivings proposent 9 services ou plus. On retouve des incontournables tels que le mobilier et la gestion locative, puis les classiques WiFi et ménage mais aussi parfois des salles de sports ou de cinéma à partager. 

Augmentation de la part des ménages d’une personne, afflux continu d’étudiants, marché locatif toujours plus tendu dans les grandes villes… En apportant une réponse concrète à des problématiques actuelles, les colivings simplifient la vie des jeunes urbains actifs adeptes de flexibiité et pas rebutés par le mode de vie communautaire. Principaux critères de choix du coliving : le prix et l’accessibilité́ à des lieux stratégiques (centre-ville ou lieu de travail). 

Notons que le coliving et l’habitat partagé en général ont particulièrement bien résisté à la crise COVID, leurs caractérisques répondant parfaitement aux attentes du public en période de pandémie : remède à l’isolement, accès à de plus grandes surfaces de vie et à des extérieurs privatifs. Le confinement a finalement contribué à l’accélération du coliving. Porté par l’intérêt grandissant des investisseurs (la startup de coliving Colonies a réalisé un tour de table de 180 millions en mars 2020), le marché devrait continuer à croître de manière exponentielle pour atteindre 14 500 chambres d’ici 2023 (contre environ 2 600 en 2020). Il devrait alors représenter un quart de l’offre en résidences pour jeunes travailleurs. 

Alors quelles next steps pour le coliving ? Aujourd’hui le paysage concurrentiel du coliving est dominé par des indépendants. Cela risque fort de changer. En effet, les géants de l’immobilier, séduits par les qualités de résistance du résidentiel géré, se mettent au coliving. C’est le cas de Vinci Immobilier ou Kley qui mettent en exploitation de grandes résidences de coliving (de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de lits). Si en 2021, la croissance vient du déploiement des maisons en coliving (entre 10 et 20 lits), on peut s’attendre dès 2022 à ce que l’essentiel de l’offre coliving se tourne vers de plus gros complexes. 

Quelques ressources et signaux faibles :

Le coliving à thème. Une piste de développement pour faire face aux géants de l’immobilier qui s’emparent du marché du coliving ? Les “coliving à thème” comme le coliving pour familles monoparentales, ou encore pour personnes âgées comme la Villa Nouvelle à Croix (59)

L’aide de 1000€ “mon job, mon logement”. Une offre de rapprochement emploi/logement proposée par Action Logement et pouvant être utlisée en coliving. Elle accompagne les nouvelles mobilités des jeunes actifs. 

3 – L’HABITAT AUTONOME

Face aux préoccupations environnementales grandissantes, l’habitation autonome passe de signal faible à tendance naissante. Attention d’abord à faire la différence entre maison autonome et maison passive. Le principe de la première est de couvrir les besoins de ses habitants en électricité mais aussi en eau et même en nourriture, alors que la seconde permet de satisfaire uniquement les besoins de ses habitants en énergie. La maison autonome implique également le recours à des matériaux locaux, naturels ou à des procédés plus anciens remis au goût du jour (torchis, chaux…). Elle peut être 100% ou partiellement indépendante des réseaux classiques (eau et électricité). Vivre dans une maison autonome implique des concessions pour les habitants, notamment en termes de confort. En 2021, cela va encore de pair avec un certain minimaliste, voire un certain militantisme écologique.

A l’heure actuelle, la maison autonome est en général assez isolée (le fait de ne pas être reliée aux réseaux d’eau ou d’électricité est alors issu d’une impossibilité et non d’une conviction) mais la tendance qui pourrait se dessiner en post-pandémie est celle d’une maison partiellement autonome avec une limitation de consommation d’eau et d’électricité tout en étant reliée aux réseaux et une autonomie plus poussée en termes de nourriture avec l’adjonction d’un potager, d’un poulailler et de ruches par exemple. 

Quelques ressources et signaux faibles : 

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