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Dossiers : Vivre à l'ère post-Covid

11 août 2021 partagé par Lucie Descamps

#3 Habiter à l’ère post-Covid part.1

Face à l’urgence écologique ou aux mutations de la société, on avait déjà commencé à se pencher sur notre future manière d’habiter avant la pandémie. Mais le COVID a contribué à la redéfinition accélérée de la Fonction Habiter. Le plus évident : l’explosion subite (et parfois subie) du télétravail qui a donné lieu à des aménagements de fortune ou à des investissements plus durables comme des travaux dans la maison. En 2020, selon la Fédération des magasins de bricolage, les magasins de bricolage ont vu leur chiffre d’affaires du mois de juin grimper de 30% par rapport à 2019.
Le “Bien chez soi” a pris une dimension nouvelle durant le confinement et le bien-être au
domicile est devenu une priorité dans une maison (re)devenue un refuge. Alors à quoi ressemblera la maison de demain ? Eco-responsable, partagée, autogérée, personnalisée, intelligente ? Un peu tout cela à la fois. SPOCK vous propose ce condensé de tendances de l’habitat à l’ère post-COVID.

LA MAISON VERTE 

1 – LA MAISON EST VERTE CAR ELLE EST À LA CAMPAGNE : TENDANCE À L »EXODE URBAIN

Quitter la grande ville, soit pour une ville de taille plus modeste, soit pour la campagne. Une envie de vert qui émergeait déjà dès 2018 suite au ras le bol engendré par la crise des gilets jaunes, la canicule de l’été 2018 ou les grèves des transports. La pandémie a accéléré le phénomène. Selon une enquête HomeServe de 2020, 19% des Français ont eu envie de déménager pendant le confinement. Quand les mêmes imaginent leur maison idéale post-confinement, ils sont 85% à rêver d’un extérieur et 55% à vouloir de mettre au vert. 

Alors, du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas ? Le phénomène n’est pas si évident. Selon une enquête du groupe Se Loger, si on note augmentation du nombre d’annonces de vente dans les grandes villes, les chiffres n’indiquent pas la motivation des vendeurs. Et les grandes villes ne se semblent pas se vider de leurs habitants. Selon une étude Média Connect de Novembre 2020, un Français sur dix souhaite quitter la ville pour s’installer défintivement à la campagne. Le chiffre n’est pas si marquant. Mais il y a une petite subtilité ici : il convient de distinguer le fait de quitter définitivement la ville pour la campagne et le fait de disposer d’une seconde maison à la campagne. 

Car ce qu’il faut garder à l’oeil, ce sont bien les résidences secondaires. Selon une enquête de la FNAIM, le volume des transactions sur les résidences secondaires a presque doublé en 2020 (d’environ 10% en 2019 à plus de 17% en 2020). Les taux de crédit actuels particulièrement incitatifs n’y sont pas étrangers mais c’est malgré tout une réaction au confinement et au manque d’extérieur qui s’exprime ici. Même des secteurs très ruraux comme le Cantal jusque là délaissés, ont désormais le vent en poupe avec une hausse de 2,4 % des ventes en 2020, ce qui n’est certes qu’un frémissement mais un frémissement qui pourrait prendre de l’ampleur dans les 5 ans à venir. Gardons l’oeil ouvert !

Quelques ressources et signaux faibles :

Le Japon vend des maisons de campagne à des prix dérisoires. Dans le but de repeupler, le Japon met en vente des maisons isolées à 400€.

Sur les sites d’annonces immobilières proposant des biens à la campagne, apparaissent désormais de nouveaux indicateurs pour guider les aspirants à la résidence secondaire tels qu’un indicateur de la qualité de la connexion wifi du bien ou un simulateur de temps de trajet entre le bien et la résidence principale.

3ème signal faible concernant la maison au vert, la sortie en avril 2021 du magazine Neoruraux, dédié à tous les aspirants à l’exode urbain.

2 – LA MAISON EST VERTE CAR ON LA VERDIT MÊME EN VILLE : TENDANCE ORGANIQUE

À défaut d’avoir les moyens de partir vers la campagne ou de s’offrir une résidence secondaire, les français ont largement fait entrer la nature dans leur intérieur depuis 2020. Plantes et animaux ont apporté du vivant dans le confinement. De manière plus pragmatique, des personnes qui n’avaient pas le temps d’avoir un animal à cause de projets extérieurs comme des voyages se sont d’un coup trouvées plus disponibles. L’entrée de l’organique dans la maison est une tendance qui semble se maintenir. Par organique, entendons du vivant : végétaux ou animaux. Selon le Syndicat national des professions du chien et du chat, près de 95% des éleveurs estiment n’avoir réalisé aucune perte de réservation sur leurs portées et déclarent n’avoir jamais eu autant de réservations qu’à l’heure actuelle. Le week-end du 19 et du 20 septembre 2020, la Société Protectrice des Animaux a enregistré un pic d’adoptions : 1 200 en deux jours, soit plus d’un tiers de ce que l’organisation observe d’habitude en un mois. 

La tendance organique signe aussi l’avènement des plantes vertes d’intérieur. Denis Mortal, acheteur en plantes d’intérieur pour la marque Botanic (dans le journal Le Messager – mars 2021) : “ Après le confinement, nous avons eu une véritable augmentation des ventes. Nos clients souhaitent pallier au manque de nature lié au mode de vie que nous impose la crise sanitaire.” Facile à aborder, génératrice de satisfaction immédiate, la tendance organique, notamment dans sa partie végétale, pourrait se maintenir post-pandémie. Si le Monstera a une côte d’enfer, notamment auprès des plus jeunes, il devient déjà mainstream. Misons sur le Ginko comme prochaine plante tendance ou pourquoi pas sur les plantes carnivores rares pour un effet mi animal/mi végétal. À creuser.

Quelques ressources et signaux faibles :

Le durcissement des lois sur l’abandon des animaux. Depuis fin 2020, un plan de protection des animaux de compagnie durcit les sanctions envers les propriétaires irresponsables. Toute personne qui abandonnera son animal de compagnie risquera jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.

La bulle botanique. Ue bulle spéculative de plantes vertes née durant le confinement se poursuit en 2021. Les prix des plantes s’envolent. Exemple : aux Philippines, les plantes communes telles que les caladiums se vendent près de 40% plus cher qu’avant l’épidémie de Covid-19.

Le slow flower. L’impact carbone dû à l’engouement des fleurs et plantes d’intérieur ne devrait pas tarder à faire jaser. Une solution est déjà à l’oeuvre : le slow flower. Il s’agit de faire pousser fleurs et plantes en local et en quantité raisonnable pour éviter les émissions CO2 délirantes dû au transport de plantes depuis le bout du monde.

3 – LA MAISON EST VERTE CAR ELLE EST ÉCOLOGIQUE : TENDANCE HABITAT MODULAIRE

Selon une étude Xerfi Research réalisée en 2020, le marché de la construction modulaire augmentera de 4% par an en moyenne d’ici 2022. À horizon 2030, il pourrait représenter 3 milliards d’euros, soit 25% des constructions de nouveaux logements. (Etude Les Échos 2019). La tendance s’affirme. 

L’habitat modulaire consiste à préfabriquer ou à préassembler une partie du bâtiment hors du site de construction (en usine ou en unité de production) et ce, de plus en plus à partir de matériaux à faible empreinte, puis de finir le montage sur le chantier. 

Les atouts sont nombreux : limitation des coûts, chantiers plus rapides, flexibilité et personnalisation de l’offre et surtout diminution de la pollution, par exemple en limitant les émissions liées aux engins de chantiers, les nuisances sonores et en évitant la dégradation des sols par les fondations des constructions classiques. Les habitats modulaires sont aussi désormais pensés pour l’efficacité thermique. 

Le modèle particulièrement soutenable et rentable intéresse désormais les plus gros. Pour exemple, Alphabet, maison mère de Google, a signé un partenariat avec la startup américaine FactoryOS qui conçoit des habitations modulaires préfabriquées clés en main pour la construction de 300 maisons modulaires dans la Silicon Valley.

Le seul frein à la tendance pourrait être la mauvaise image dont pâtissent encore les constructions préfabriquées : démodées, peu qualitatives… Mais des solutions existent pour changer l’image du préfabriqué. Par exemple, la caution de designers et d’architectes de renom ou des startups d’habitats modulaires intégrant une forte dimension Green à leurs réalisations comme Greenkub qui propose des constructions écologiques, fabriquées en France à partir de procédés respectueux de la nature et de l’environnement, sans permis de construire et qui peuvent être installés en cinq jours. Greenkub a connu en 2020 une année record avec une hausse de plus de 70% de ses ventes. Les grandes enseignes ne s’y sont pas trompées : Leroy Merlin a d’ailleurs signé un partenariat avec la startup et propose désormais plusieurs produits Greenkub sur sa marketplace. 

Quelques ressources et signaux faibles :

En Chine, des maisons de quarantaine imprimées en 3D lors de la crise pour alléger les hôpitaux.

En Suède, pays précuseur du préfabriqué, près de 84% des maisons individuelles comportent des éléments en préfabriqué. Au Japon, près d’un quart des nouvelles maisons sont en préfabriqué.

Du côté des matériaux aussi, on peut mener des opérationsvertes. Opération #ramenetonjean (il sera transformé en isolant de toiture) de Castorama.

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